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Pêche au toc : comment construire la plombée ?

La plombée est au toc ce que le bas de ligne est au moucheur, c’est-à-dire l’élément de la ligne qui influence le plus la présentation de l’appât (les pêcheurs au coup, bien représentés sur Garbolino.fr connaissent aussi son importance). Si la tentation est grande pour le débutant de suivre aveuglément les formules toutes-faites de montages rencontrées dans les revues ou autre,  il est infiniment plus fructueux en vue d’une réussite pérenne de comprendre comment procéder et réaliser ses propres montages toc. Ces formules miracles aux yeux du profane ne sont valables que dans certains cas particuliers. Or, la construction de la plombée doit rester très dépendante des conditions du moment, et ne peut se réaliser efficacement qu’au bord de l’eau. De plus, cette démarche doit rester personnelle car la tenue de canne influence aussi considérablement la présentation de l’appât. Ces deux notions (plombée/tenue de canne) vont de paire. En la matière, chaque pêcheur a ses habitudes, son style, qu’il est important de se forger lorsqu’on débute.

Le discours éculé rabâche qu’il faut tenir compte de 3 paramètres principaux pour construire la plombée : le couple vitesse/profondeur, la saison, et le type d’appât. Je vous propose ici une autre approche, plus pragmatique, qui met en relation les 4 caractéristiques de la plombée, leurs influences respectives sur le comportement de la ligne sous l’eau, et les conditions de pêche qui dictent la façon de les régler.  L’enfilade de plombs qui orne le bas de ligne possède 4 caractéristiques essentielles amenées à varier :

  • La dégressivité
  • Le poids
  • La densité
  • La distance à l’hameçon

Détaillons chacune d’elles pour comprendre comment les modifier :

1. La dégressivité : toujours nécessaire ?

Le caractère dégressif de la plombée désigne la diminution du poids à mesure que l’on se rapproche de l’hameçon. Il s’obtient de deux manières souvent couplées :

  • En optant pour une taille de grain décroissante de haut en bas (la masse d’un plomb étant inversement proportionnelle à son numéro).
  • En augmentant la distance entre eux dans le même sens.

Cette dégressivité permettrait à l’appât de se présenter en premier à la truite. Comme expliqué dans l’article « toc : entre mythes et réalités », cette théorie très alléchante sur le papier, est loin de se vérifier au fond de l’eau. Néanmoins, cette structure produit d’autres effets intéressants : par exemple, le fait d’alléger la base de l’enfilade diminue la résistance que rencontre la truite lorsqu’elle saisit l’appât, ce qui favorise sa préhension. Ceci est particulièrement opportun lorsque le volume d’eau nécessite une plombée lourde ou plus généralement, lorsque les poissons se montrent circonspects.

Pour la pêche amont en torrent (lorsque le pêcheur relève la canne pour accompagner la ligne qui redescend vers lui),  il est bon de simplifier au maximum le montage : j’opte en général pour 4 plombs (qui apportent plus de souplesse que 3 tout en étant moins encombrants que 5 dans les postes restreints) du même numéro. Dans 90% des cas en petite rivière, mon bas de ligne comporte 4 plombs n°6, 4 plombs de 7 ou 4 plombs de 8 selon le débit.

Pour la pêche aval en grands cours d’eau, je conserve la  structure dégressive pour les raisons précédemment évoquées.  La lame d’eau étant plus importante, le nombre de plombs peut alors grimper jusqu’à 6 ou 7, en particulier si une plombée lourde et étalée est nécessaire (nous verrons ensuite les conditions dictant ce choix), tout en utilisant au maximum 4 numéros différents pour faciliter la construction (par exemple un plomb de touche n° 6 si le plus gros est un n°3).

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En torrent, la simplicité est de rigueur : 4 plombs du même numéro suffisent.

 2. Le poids total :

Le poids total de la plombée (ou la masse plus exactement, pour les scientifiques tatillons) est conditionné par la profondeur et la force du courant. A ce niveau, aucune recette miracle. Seule l’intuition dicte votre choix et elle s’acquiert avec l’expérience. Si le néophyte procède par essais, le pêcheur au toc plus expérimenté est capable de définir approximativement le grammage à utiliser par simple observation du cours d’eau. Le but est de faire dériver l’appât près du fond, sans (trop) couper les veines de courant. Après avoir défini la masse de la plombée d’ensemble  – fondée comme son nom l’indique, sur le couple vitesse/profondeur moyen du secteur et non sur un poste particulier –  il faudra compenser les fluctuations du couple des coups rencontrés par un ajustement de la tension de la bannière. Pour passer creux au niveau des postes un peu plus courants et/ou profonds que ceux ciblés par votre plombée d’ensemble, lancez légèrement plus en amont et donnez plus de mou dans la bannière lors de la dérive. Cet ajustement est suffisant dans la majorité des cas, et vous évite de perdre du temps à modifier votre montage. Au contraire, pour ne pas accrocher dans les coups plus lents et/ou moins profonds, tendez un peu plus la bannière dès l’impact de la ligne sur l’eau.

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Apprendre à définir en un clin d’œil le poids de la plombée d’ensemble s’acquiert avec l’expérience.

 J’utilise toujours la plombée la plus légère possible (en laissant un léger mou dans la bannière) relativement à la masse d’eau, de façon à minimiser les ratés au ferrage, fréquents en cas de tension excessive de la ligne.

3. La densité :

La densité de la plombée, à ne pas confondre avec le poids, désigne la capacité du montage à couler plus ou moins rapidement. Elle est conditionnée l’étalement de la plombée. Cet étalement est dicté par la distance dont dispose la ligne pour se mettre en place (c’est-à-dire la distance entre l’endroit où elle perce la surface et l’endroit  où elle atteint le courant de fond), étroitement dépendante de la profondeur et de la taille des postes. Prenons deux exemples littéralement opposés pour illustrer le propos :

  • Pour prospecter les belles veines de courant laminaire en grands cours d’eau, la gestuelle consiste à lancer légèrement en amont de sa position pour que l’appât parvienne au fond en face de soi. Ainsi, le montage dispose de plusieurs mètres pour se mettre en place. La plombée peut donc être étalée, en vue d’obtenir un comportement naturel durant le reste de la dérive aval. De plus, le fait d’étendre suffisamment la plombée lorsqu’on pêche lourd (disons à partir de à 0,5 gr) réduit le risque d’accrochage.
  • Pour une pêche amont dans des petits coups en torrent, votre montage n’a que quelques centimètres pour arriver au fond. En présence de postes miniatures, tout se joue très rapidement, surtout lorsque la distance de stimulation des truites est faible, comme c’est le cas dans l’eau froide du début de saison. Quelques centimètres de trop pour se retrouver au fond et votre appât se voit déjà projeté derrière la position du poisson. J’insiste particulièrement sur ce point car il arrive fréquemment que le débutant passe à côté du sujet. Au-delà de l’utilisation d’une plombée resserrée, il faut veiller à la précision du point d’impact de la ligne sur l’eau et à détendre la bannière pour faciliter la descente.
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Pour les veines laminaires profondes, une plombée étalée sur une trentaine de cm se justifie…

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… au contraire en torrent, utilisez une plombée concentrée pour faire couler rapidement l’appât !

J’utilise toujours la plombée la plus étalée possible, relativement à la distance dont elle dispose pour parvenir au fond, car cela confère à la ligne un comportement plus naturel durant la dérive.

4. La distance à l’appât :

La distance du plomb de base à l’hameçon influence la liberté octroyée à votre appât, c’est-à-dire l’amplitude des mouvements qu’il effectue autour de la plombée. Elle se règle en fonction de :

  • La densité de l’esche. Pour les appâts denses tels que le ver de terre, nul ne sert de rapprocher exagérément le lest. Ayant une bonne aptitude naturelle à rejoindre le fond et s’y maintenir, il gagne à conserver une relative liberté (toujours dans un souci de présentation et de favoriser l’aspiration des truites). Au contraire, si vous utilisez des appâts ayant tendance à voler (comme la teigne), mieux vaut les brider suffisamment pour qu’ils ne soient pas décollés. Le plomb de base pourra donc être approché à moins de 10 cm de l’esche.
  • L’humeur des truites : si vous êtes contraint de cibler l’abord des caches pour déclencher des touches, l’appât doit être fermement maintenu dans le champ de vision du poisson, c’est-à-dire au ras du fond : une plombée basse est alors indiquée. Au contraire, lorsque les truites sont postées dans les radiers, une mobilité supérieure renforce l’attractivité de l’appât ; dans ce cas, il est également judicieux d’étaler la plombée pour allonger la phase d’immersion, à la manière d’un moucheur qui utiliserait des nymphes ébouriffées pour valoriser cette phase (la distance du plomb de base à l’hameçon et l’étalement de la plombée varient souvent dans le même sens) ; si ces mêmes poissons produisent des touches fines, éloigner le premier plomb de l’esche favorise la prise en bouche par la même occasion !

J’utilise toujours la plombée la plus proche possible de l’hameçon, de façon à m’assurer que l’appât se présente bien au fond, position privilégiée des truites.

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La distance du premier plomb à l’appât définit son degré de liberté sous l’eau.

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Dans les petits coups en ruisseaux, le plomb de base se situera à une dizaine de cm de l’esche.

La construction de la plombée reste un choix crucial dans une partie de pêche au toc. Toutefois, les réflexions qui l’accompagnent ne doivent pas occulter celles d’ordre stratégique auxquelles le néophyte accorde parfois trop peu d’importance… La communication autour du toc a érigé la plombée au rang de premier critère de réussite… Si je suis loin  de partager cet avis, il faut quand même avouer qu’on ne peut pas faire sans !

A bientôt

Simon SCODAVOLPE

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